La Haute École Paramédical Actualités Stage humanitaire au Bénin – Une expérience riche en émotions et apprentissages

Stage humanitaire au Bénin – Une expérience riche en émotions et apprentissages

Début de cette année, Annie Pirson, chargée de cours dans la catégorie paramédicale, a accompagné 13 étudiants en soins infirmiers et en kinésithérapie pour un stage humanitaire à Parakou, au Bénin. Voici le compte-rendu de nos étudiants – merci à eux pour la rédaction:

C’est par un froid glacial que nous quittons Libramont ce 18 janvier pour la chaleur du Bénin, les valises remplies de matériel et de médicaments collectés, la tête remplie de questions sur ce qui nous attendra quelques heures plus tard…

Nous sommes un groupe de 13 étudiants en dernière année d’études en soins infirmiers et kinésithérapie. Nous avons choisi d’effectuer un stage de 3 semaines proposé par l’école dans l'hôpital universitaire de la ville de Parakou, 400 000 habitants. Nous étions accompagnés de 2 infirmières, Mme Pirson, professeur à l’HERS, et Paule D. qui se sont investies avec nous   des semaines durant pour mener à bien ce projet. Les étudiants kinés étaient supervisés par Landry, un kiné local très accueillant et compétent, qui était le relais de Mme Pirson avant notre arrivée. Il s’est en outre occupé de nous trouver un logement pour tous, avec sanitaires fonctionnels et repas copieux pour une somme modique.

Chaque étudiant a financé personnellement son voyage et organisé quelques activités afin d’en réduire le coût. C’est peu dire de notre motivation ! En plus du contenu de nos valises (médicaments, pinces, ciseaux, pansements, gants, vêtements, crayons, bics, etc.), des dons récoltés nous ont permis d’acheter du matériel sur place : un tensiomètre pour chaque service. Difficile d’imaginer que ce matériel de base soit denrée rare au niveau infirmier dans un hôpital !

Pour les étudiants infirmiers, l’arrivée à l’hôpital fut une découverte surprenante malgré la préparation en Belgique.

Dans tout l'hôpital, il y a de nombreuses coupures d'eau, les appareils de stérilisation sont défectueux (hygiène et asepsie difficiles dans ces conditions), l’absence de tensiomètre et saturomètre rend les surveillances difficiles… Les patients sont dans des chambres communes de 4 à 7 lits. Faute de place, hommes et femmes cohabitent dans une même chambre, tout en discrétion et avec respect. Les familles (appelées garde-malade) veillent leur proche jour et nuit, les alimentent, les lavent, vont acheter les médicaments nécessaires (s’ils en ont les moyens), dorment sur des nattes au pied du lit ou dans les couloirs. Le manque de moyens est contrecarré par une réelle solidarité familiale et entre les familles présentes, sans distinction de religion (chrétiens, musulmans, vaudou se côtoient avec respect). Chacun soigne mais aussi espère et prie pour la guérison de son proche… Que peuvent-ils faire de plus ? Dès que l’on s’intéresse à eux, la reconnaissance est présente, soulignée par leur magnifique sourire…

En tant que stagiaires, peu d’actes infirmiers étaient possibles. Il s’agissait pour nous davantage d’observer la façon de fonctionner des soignants avec les moyens disponibles, de garder notre esprit critique par rapport à ce qui nous est enseigné en Belgique et la réalité du terrain africain. Très vite nous prenons conscience que nous ne pourrons changer ni la situation économique de l’hôpital, ni les conditions de travail des soignants, ni la situation précaire de la plupart des patients. Essayer de se rendre compte de leurs besoins, être à leur écoute sans jugement, leur porter de l’attention, qu’ils se sentent reconnus dans leurs difficultés semblait leur apporter une grande satisfaction. Nous avons beaucoup échangé avec les étudiants en médecine, ce qui nous a permis de mieux comprendre le fonctionnement local. Les médicaments distribués (certains d’entre eux n’étaient connus des internes que par les cours) ont été triés aussitôt par ces derniers (prescripteurs) qui montraient leur satisfaction à pouvoir aider les indigents. Même si la quantité apportée ne représente qu’une goutte d’eau dans l’océan, ils en étaient très touchés. Pouvoir aider un patient, le soigner, le voir sortir de l’hôpital sur ses deux pieds les  aide à surmonter toutes les situations où ils se sentent impuissants, non pas par faute de connaissance, mais par faute de moyens.

Nous avons également eu l’occasion de découvrir chacune un dispensaire de la ville durant  3 ou 4 jours (mini hôpital de quartier), leurs activités de consultation générale (l’infirmier fait office de médecin), de consultations d'obstétrique et maternité (si l’accouchement se passe bien, maman et bébé quittent le dispensaire au bout de 4 à 5 heures après la naissance), de vaccination des jeunes enfants…

Comme chez nous, la plupart des soignants ont la volonté de bien faire leur travail, ils essaient de trouver une solution pour le patient démuni, mais bien souvent, c’est en  vain. De plus ils peuvent être démotivés par de trop maigres salaires (voire pas de salaire du tout), par des demandes pour améliorer les conditions de travail ou d’hospitalisation des patients qui ne rencontrent aucune réponse de la hiérarchie… Comme chez nous, nous avons découvert des soignants manquant d’empathie, parfois maltraitants, qui nous ont heurtées dans leur manière de considérer les patients : à nous de veiller, dans notre prochaine vie active à rester vigilants sur notre manière d’être avec les patients.

be 2A la demande de l’hygiéniste locale, Mme Tabé, nous avons préparé et présenté plusieurs séances d’information sur l’hygiène des mains avec des solutions hydro alcooliques que nous avions apportées. Nous avons essayé de nous adapter à leurs conditions afin de les sensibiliser pour eux-mêmes et les patients : statistiques européennes des maladies nosocomiales, rappel de la technique, des mesures préalables (ongles courts, absence de bijoux, vernis, montres). Quelques flacons leur ont été répartis, l’hôpital s’engageant à en commander régulièrement… A suivre…

Nous avons également visité une école et deux orphelinats (pour la plupart des enfants présents, la maman était morte en couches) pour leur distribuer du petit matériel scolaire et vêtements. L'accueil que nous avons reçu était formidable, ponctué de chants, récitations ou hymne national déclamés et chantés en notre honneur par des enfants dociles qui demandent la parole et se lèvent pour parler... quelle découverte !!

Il nous a été demandé d’aller à la rencontre d’un quartier très défavorisé de la ville afin de comprendre leurs besoins, les informer sur l’importance de l’eau et de sa bonne utilisation pour une meilleure hygiène, notamment chez les jeunes enfants, femmes enceintes et personnes âgées, malades. Ils étaient attentifs, curieux, rieurs, nous ont montré comment ils se débrouillent et étaient ouverts à nos propositions, répétant nos gestes… A suivre…

Pour les kinés, nous avons travaillé au SKAO : service de kinésithérapie et d’appareillage orthopédique. Nous avons ramené du matériel pour la rééducation, ce matériel a été financé par des dons et de  l’argent récolté en Belgique durant nos différentes activités. Pour la première année,  nous avons pu aller au sein de l’hôpital dans différents services comme la neurologie, la maternité ou encore la pédiatrie. Dès le premier jour, nous avons été « mis dans le bain ». Landry, notre maître de stage, nous a donné chacun un patient. Nous avons eu 1heure pour réaliser le bilan complet d’entrée du patient.  Landry nous as considéré comme ses collègues, et non plus comme des stagiaires : c’était très valorisant ! Nous avons chacun eu nos propres patients pour le reste du stage, donc de 8h à 14h, les patients défilaient. Landry était toujours dans les environs pour nous aider à entreprendre un traitement adéquat et pour répondre à nos questions et il y avait également une très bonne collaboration entre nous,stagiaires. Pendant ces semaines de stages, nous avons vraiment tous travaillé en équipe, nous nous sommes soutenus et aidés, durant tout le séjour.

Certains d’entre nous, sont allés au sein de l’hôpital, l’après-midi. Nous avons essayé d’initier la rééducation périnéale post natale dans le service de maternité. Nous avions auparavant, réalisé des prospectus à distribuer aux jeunes mamans. Ces prospectus expliquaient, les différents exercices à réaliser, le pourquoi « travailler son périnée », et quelques conseils pour protéger son périnée. Toutes les mamans voulaient avoir ce prospectus, même celles qui ne comprenaient pas le français. Elles regardaient le prospectus avec un grand intérêt.  Nous avons beaucoup ris lors de nos passages dans le service. Les chambres contiennent 8 lits, et généralement la famille est avec la maman. Ça fait beaucoup de monde dans la chambre ! Pour celles qui ne parlaient pas français, nous n’avons pas baissé les bras ! Soit une maman, ou un membre de la famille nous aidaient à traduire nos explications, soit nous avons réalisé des mimes (pas facile de mimer un périnée!!!). Nous avons même fait des séances collectives avec les mamans et les membres de la famille. Toutes les femmes se sentaient concernées quand nous leur avons dit qu’il s’agissait de bons exercices pour avoir un ventre plat. Et oui, elles sont coquettes les Béninoises.

be 1En fin de séjour, nous n’en n’avons pas fini d’aller de surprises en surprises et de journées folles en journées magnifiques. C'est ainsi que malgré la fatigue mais avec encore la fougue de découvrir ce magnifique pays qu'est le Bénin, le dernier samedi de notre séjour, certains étaient debout à 4h00 du matin et les autres à 6H00, pour vivre un moment exceptionnel : le marathon de Parakou ! Tandis que 3 kinés et 5 infirmières couraient, le reste de la troupe faisait partie de l'organisation. Ainsi les kinés se chargeaient de la « post-course » (récupération musculaire, massage, gestion des crampes) et les infirmiers des petits et grands bobos lors de plaies, malaises ou choses plus importantes !

Les kinés étaient répartis dans des équipes mobiles qui suivaient les coureurs en voiture ou en moto. Les infirmiers étaient dans les dispensaires d’arrivée.

Après le début de la course lancée à 5h00 du matin sous l’impulsion de l’hymne national béninois résonant au loin dans la forêt, tout s’est très vite enchaîné. Les premiers coureurs à prendre en charge sont arrivés, nous n’avons pas eu le temps de nous embêter !

Les Béninois qui courent pieds nus, ou une dame paralysée qui a réalisé les 42 km à force de bras avec ces 3 fils qui se relayaient pour venir la pousser, ...nous avons vu des choses absolument incroyables et très émouvantes !

Après plusieurs heures de travail acharné, nous avons enfin pu nous reposer avec une bonne Béninoise (bière locale) bien fraîche! Quel délice ! 

Notre équipe belge a superbement bien couru sous un soleil de plomb avec de beaux chronos ; bravo à eux ! Cette journée a été remplie de découvertes, de dépassements de soi et de belles rencontres...nous en garderons un souvenir mémorable !  

Le voyage s’est clôturé le samedi 13 février, après qu’une navette financée par l’HERS soit venue nous attendre à l’aéroport Charles de Gaulle à Paris à 5h30, nous évitant d’attendre plusieurs heures le TGV pour Bruxelles avant de rejoindre les Ardennes. Nous tenons à remercier l’HERS pour ce geste et surtout Paule et Mme Pirson pour leur investissement. Et surtout merci à tous les Béninois rencontrés qui nous ont manifesté un accueil plus que chaleureux, une philosophie de vie positive malgré toutes leurs difficultés et une grande disponibilité que nous ne sommes pas prêts d'oublier.

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