Un autre regard

Un étudiant de la spécialisation SIAMU en stage à Mayotte

Depuis le début de mes études de bachelier en soins infirmiers à la Haute Ecole Robert Schuman de Libramont, j'ai cette envie de voyager et de rencontrer des personnes de culture différente.

Après avoir obtenu mon diplôme, j’ai entrepris une spécialisation en soins intensifs et aide médicale urgente (SIAMU) et j’ai décidé d’effectuer mon stage au choix à l’étranger, au CHU de Mamoudzou, sur l’île de Mayotte située dans l’Océan Indien. Une expérience unique, dans un hôpital récemment rénové, d’une capacité de 325 lits, avec un réseau de soins doté des dernières technologies. L’hôpital central de Mamoudzou travaille en collaboration avec les dispensaires et les autres hôpitaux de Mayotte. C’est l’unique institution de soins de l’île équipée de salles d’opération, d’un service d’urgences et d’un service de soins intensifs. Seuls les patients atteints de pathologies graves relevant des urgences cardiaques et de neurochirurgie sont évacués vers l’île de la Réunion ou vers la France. Ces évacuations sanitaires ne sont pas rares et des équipes d’infirmiers et de médecins (EvaSan) sont disponibles en permanence.

En mars 2011, Mayotte est devenue le 5ème département d’outre-mer français. Elle est composée de deux îles principales, Basse Terre et Grande Terre, situées dans le canal du Mozambique, entre l'Afrique et Madagascar. La population est d’environ 215.000 habitants, mais leur nombre réel est très difficile à évaluer car Mayotte se situe à moins de 70 km d’Anjouan et proche des autres îles voisines de l'archipel des Comores. Cette proximité géographique facilite les flux d'immigrations et de nombreux passagers clandestins tentent régulièrement de rejoindre cette terre d’accueil via des embarcations de fortune, à la recherche d’une vie meilleure. Les équipes du SMUR de Mayotte sont donc parfois amenées à aller secourir en pleine mer. Les déplacements se font alors en bateau ou en hélicoptère pour arriver à prodiguer rapidement les premiers soins en cas de naufrage de barques bondées.

Mayotte bénéficie d'un climat chaud et humide, même en saison sèche. Le taux d'humidité y est si élevé que le moindre effort se traduit par une transpiration excessive.

Dès mon arrivée sur l’île, j’ai été plongé dans la réalité du monde africain avec ses couleurs, ses vêtements, et sa cohue générale. Les étalages des marchés dégagent des senteurs de fruits, de fleurs et d’épices. Appelée « île aux parfums », je baptiserais Mayotte « île aux enfants » car ils sont nombreux et omniprésents dans les rues comme à l’hôpital. Ceci lui vaut d’ailleurs le surnom de « première maternité de France » avec plus de 8.000 naissances/an. La plupart des grossesses ne sont pas suivies et beaucoup d’accouchements se déroulent encore à domicile.

Les pathologies sont, pour la plupart, similaires à celles rencontrées dans notre pays : détresses respiratoires, crises d’asthme, bronchiolites, gastroentérites, syndromes coronariens aigus…
Les traumatismes liés aux accidents de la voie publique (fractures, brûlures, hémorragies …) sont monnaie courante, d’autant que les véhicules à moteur sont nombreux et les routes praticables rares.
Les urgences obstétricales (hémorragies de la délivrance, crises d’éclampsie, …) sont fréquentes en extrahospitalier.  La drépanocytose l’est également et les patients qui en sont atteints sont régulièrement admis aux urgences en vue de soulager de fortes douleurs causées par des crises vaso-occlusives. D’autre part, des personnes souffrant de maladies chroniques se présentent régulièrement dans ce service car elles ne suivent pas leur traitement ou parce qu’elles n’ont pas assez d’argent pour acheter les médicaments prescrits à vie.

Ce centre hospitalier dispose d’un caisson hyperbare que j’ai eu l’occasion de le voir fonctionner lors d’un accident de décompression de plongée ainsi que dans le cadre du traitement de plaies chroniques et de douleurs osseuses.

L’hôpital comprend une unité hospitalière de courte durée (UHCD) avec 10 lits adultes, 8 lits pédiatriques et 2 chambres d’isolement réservée aux patients psychiatriques. Cette unité, équivalant à l’hospitalisation provisoire chez nous, doit, en principe, accueillir les patients pour une durée de moins de 24h avant leur orientation vers un service adapté à leur problème. Ceux-ci y restent cependant parfois plusieurs jours, par manque de place dans les unités de soins, ou en attendant un rapatriement sanitaire vers un autre hôpital.

Les médecins généralistes sont peu nombreux et les quelques dispensaires sont pris d’assaut dès 7h du matin avec des files d’attente de plusieurs heures.   Au service des urgences du CHU de Mamoudzou, le travail ne manque pas non plus; il n’est pas rare d’accueillir 150 à 200 personnes par 24h.
J’ai été agréablement surpris par le calme de ces patients qui ne s’énervent quasi jamais, même s’ils doivent attendre plusieurs heures allongés dans les couloirs de la salle d’attente.

Ce stage aura été pour moi très enrichissant de par la multitude et la complexité des pathologies rencontrées. Je devais parfois travailler avec les moyens du bord, et cela m’a permis de réfléchir davantage lors de la dispensation de soins, en vue de les adapter à la situation, car il était impossible d’appliquer systématiquement certains protocoles.

J’ai réellement été touché par la population de ce pays multiculturel et cette expérience de travail à l’étranger m’a permis de mieux me rendre compte que les soins infirmiers sont universels, mais que cet art doit être personnalisé et adapté à la situation ainsi qu’aux attentes et à la culture de chaque patient.

Benoît DEREMINCE

Etudiant SIAMU HERS LIBRAMONT

Prochains évènements

Nous contacter

Rue de la Cité, 64
B-6800 Libramont
Téléphone : +32(0)61/22.29.91
Fax : +32(0)61/22.58.40
Email : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.