Dans le cadre de la réforme sur la durée des études de kinésithérapie et l’accès direct aux soins pour certaines pathologies sans obligation médicale, deux anciens étudiants de la HERS, Mattis Pégeot et Bastien Bousser, ont pris contact avec la section informatique pour qu’elle développe un logiciel d’aide à la réalisation de bilans cliniques. Ce programme, centré sur les cas de lombalgie, pourrait être utilisé lors de consultations. L’objectif étant de détecter des signaux d’alerte nécessitant d’orienter un patient vers un généraliste ou un spécialiste.
La section informatique a donc intégré cette mission dans le cadre du projet de bloc 3. De septembre à décembre, trois groupes de six étudiants ont planché sur ce programme. « Contrairement aux années précédentes, il s’agissait d’une demande de clients externes », précise Melvyn, étudiant de la section sur le campus de Libramont. « Comme nous n’étions pas confrontés à des spécialistes en informatique, nous avons dû nous adapter à leur demande en essayant de comprendre leur langage et surtout leurs besoins. Nos clients sont venus avec les spécificités de leur métier, nous avons dû appréhender les termes techniques. »
Pour Benoît Burlion, Maître-assistant dans la section informatique, cette collaboration entre les kinés et les informaticiens n’est que positive, aussi bien pour les étudiants que pour les professeurs de la section. « C’est la première fois que ce projet se déroule dans un contexte professionnel. Nous avons pu nous consacrer davantage à notre rôle de guide pédagogique. Cette expérience sera certainement un atout pour nos étudiants lorsqu’ils seront en stage. Ils pourront ajouter une ligne à leur CV grâce à ce projet. »
Rencontres régulières et flexibilité
Pour répondre au mieux à la demande de leurs clients, nos informaticiens ont opté pour la méthode AGILE. « Il s’agit d’une approche centrée sur la collaboration. Tous les 15 jours, nos étudiants rencontraient les clients et faisaient état de l’évolution du logiciel, comme cela se fait dans le cadre de la construction d’un bâtiment avec les réunions de chantier. Cela évite d’avoir de mauvaises surprises en fin de parcours », note Benoît Burlion qui a supervisé ce stage au côté de Laurent Schalkwijk.
Et Melvyn de préciser : « Il est arrivé que nos clients changent d’avis entre deux rencontres. Il y a eu une évolution constante du projet. Au début, c’était perturbant car nous n’étions pas habitués à être confrontés à cette situation, mais nous avons compris que c’est ce qui nous attend quand nous aurons intégré le monde professionnel. »
Au final, trois projets différents ont été présentés en janvier. « Le style et le visuel sont différents, certains éléments sont agencés autrement, mais en matière de fonctionnalités, la base centrale de l’application reste la même », conclut Melvyn.
À noter encore que ce programme a été développé en open source. « Comme il s’agit d’un projet public, le code est accessible à tous. Toutes les parties prenantes souhaitent aller plus loin. Nous avons livré un prototype, le but est d’arriver à un produit fini », précise Benoît Burlion. Si la HERS souhaite poursuivre le développement en interne, elle ne s’est pas encore positionnée sur la manière de mettre en place son évolution.
Red flags et méthode bayésienne
Ce projet a été rendu possible grâce à la bonne collaboration entre les sections informatique et kinésithérapie de la HERS. Comme les rencontres avec Mattis Pégeot et Bastien Bousser ont été organisées en distanciel, les étudiants ont été assistés par des enseignants du département santé. Gauthier Dorban, Denis Jaquemin et François Tubez ont notamment pris part à l’élaboration du questionnaire.
« L’application doit accompagner le kiné dans la prise en charge du patient. En fonction des résultats obtenus, il peut mettre en place ses soins ou rediriger le patient vers un autre service. Ce diagnostic évolue au fur et à mesure du questionnaire. Pour cela, la méthode bayésienne a été utilisée. Elle se base sur l’idée de pouvoir estimer un certain pourcentage de risque pour le patient. L’apparition de red flags (drapeaux rouges) doit pousser le professionnel de santé à être attentif à la situation », rappelle François Tubez.
Et ce dernier d’ajouter : « Je dois souligner le travail fourni par les étudiants : ils ont parfaitement traduit les demandes du client, ce n’est malheureusement pas toujours le cas. Il fallait tenir compte du contexte particulier du projet, à savoir deux sections différentes et deux milieux professionnels hétéroclites. Dans ce cas, la communication et le langage sont essentiels. »